Florian Trüb, tiraillé entre sport et profession


Florian Trüb a déjà un beau parcours en voile derrière lui. Le Winterthourois de 25 ans s'est notamment illustré avec Team Tilt lors de la Red Bull Youth America's Cup 2017 aux Bermudes en décrochant la troisième place, un moment fort pour tout navigateur et un pas de plus vers un statut de navigateur professionnel ! Florian Trüb effectue actuellement son service civil chez Swiss Olympic dans le domaine de l’éthique et s’engage dans le cadre de cette fonction sur le thème du développement durable. Un parcours intéressant... Dans l'interview qui suit, Florian nous explique comment il en est arrivé là et où le voyage va le mener.

Florian Trüb n'a jamais vraiment voulu devenir navigateur. Le jeune homme de 25 ans était un handballeur talentueux dans sa jeunesse et a joué pendant de nombreuses années au sein du Pfadi Winterthur tout en nourrissant de grandes ambitions. A l'âge de 15 ans, il s'est cassé le genou et a dû mettre fin à sa carrière prometteuse d’handballeur. Il a ensuite eu plus de temps pour naviguer avec sa famille et ses collègues. En 2012, Florian Trüb a disputé sa première régate. Son talent s'est rapidement révélé et, dès 2014, Florian a remporté son premier titre de champion d'Allemagne en Melges 24.

Fin 2015, le membre du Yacht-Club Romanshorn a posé sa candidature en vue d'intégrer les rangs de Team Tilt, une équipe de voile de Suisse romande qualifiée pour la Red Bull Youth America's Cup. Après un processus de sélection rigoureux qui s'est étalé sur plusieurs semaines avec des discussions individuelles et collectives, des tests de stress mental et des tests de condition physique stricts, qui ont poussé l'ancien handballeur chevronné à ses limites, il est le seul Suisse allemand sélectionné. En 2017, Team Tilt a remporté la 3e place à la Red Bull Youth America's Cup.

Florian, quels sont, selon toi, tes plus grands succès en voile ces dernières années ?

Florian Trüb : Sans hésiter, la 3e place à la Youth America's Cup 2017 aux Bermudes qui revêt une très grande importance dans ma carrière. La 2e place à la Fastnet Race en Angleterre, une classique du circuit offshore en Europe, occupe une place toute particulière à mes yeux.

Comment un navigateur de haut niveau se retrouve-t-il à effectuer son service civil chez Swiss Olympic ?

En tant que sportif de plein air, le développement durable est naturellement très important pour moi. Dans la direction des associations de Swiss Olympic, je peux désormais me familiariser avec ces valeurs. Je peux non seulement m'impliquer dans des projets spécifiques à la voile, mais aussi laisser circuler mes idées dans tous les sports. Travailler en tant qu'athlète pour l’Association faîtière des fédérations sportives suisses est très spécial en soi. Le fait que je puisse y effectuer mon service civil me convient parfaitement.

Quelles sont tes tâches principales chez Swiss Olympic ?

D'une part, j'ai lancé plusieurs projets de développement durable en collaboration avec Swiss Sailing. L'année prochaine, nous utiliserons, entre autres, une affiche pour attirer l'attention de nos membres sur les règles les plus importantes pour une approche respectueuse de l'environnement. En tant que navigateurs, nous devrions donner l'exemple en protégeant et en prenant soin de nos lacs.

D'autre part, je veille à ce que les thèmes des valeurs et de l'éthique, y compris la sensibilisation à l'environnement, soient mieux ancrés et mis en valeur dans toutes les fédérations sportives. En fait, ce sont des thèmes qui semblent tous aller de soi, mais qui sont souvent mis de côté dans le cadre des activités quotidiennes.

Qu'est-ce qui te tient particulièrement à cœur en ce qui concerne les sujets mentionnés ?

La pratique du sport est à proprement parler une activité de luxe dans notre société, et chaque discipline sportive joue un rôle sur la nature, qu'il s'agisse des voyages, mais aussi de la production de vêtements et d'équipements sportifs ou de la construction de centres sportifs. Personnellement, j'aimerais que cet "impact" soit le plus faible possible. Par exemple, j'ai toujours avec moi ma bouteille en acier inoxydable pour réduire la consommation de plastique et je me déplace en Suisse presque exclusivement en train.

Quelle est la prochaine étape ?

Ma mission chez Swiss Olympic se termine à Noël. J'espère que mes projets initiés au sein de la Fédération de voile se poursuivront par la suite.

Naturellement ! Autre question :  Que faut-il selon toi pour devenir un bon navigateur ?

Les caractéristiques de base sont certainement les mêmes qu'il y a de nombreuses années : l'amour de l'eau et la passion de se déplacer uniquement grâce au vent et aux vagues. Une bonne dose de matelotage est nécessaire pour évoluer en toute sécurité et convenablement dans toutes les situations.

Un bon navigateur doit aussi avoir une bonne condition physique. En raison des dernières évolutions dans le domaine de la voile avec les bateaux à foils, les navigateurs sont aujourd'hui de plus en plus sollicités sur le plan physique. Ceci est particulièrement bénéfique pour les plus jeunes.

La rapidité de réaction et l'esprit d'analyse sont également importants pour un bon navigateur. Alors qu'autrefois on disposait de beaucoup plus de temps, les décisions doivent aujourd'hui être prises en quelques instants en raison des vitesses plus élevées. Un bon navigateur est capable de s'imprégner de l'ensemble de la situation sur le parcours de régate et d'en tirer des conclusions en quelques secondes afin de naviguer comme il l'entend tout en tenant compte des performances du bateau.

Quelles sont tes principales qualités en voile ? Et en tant qu'être humain ? ;-)

Ce qui me distingue surtout en voile, c'est que je suis polyvalent, je ne suis pas uniquement adapté à une certaine position sur le bateau. Ces dernières années, j'ai également acquis beaucoup d'expérience sur les voiliers rapides et à foils. Ma taille et ma force sont aussi souvent un avantage. En tant que personne, mes collègues de travail/coéquipiers pourront certainement mieux répondre à cette question...

Ma planification et mon organisation sont très bien documentées. Quand je me prépare pour les courses, je n'aime rien laisser au hasard et je suis très discipliné et structuré, typiquement suisse. L'ambition sportive se manifeste déjà dans la préparation et pas seulement le jour de la course. En dehors des courses et des préparatifs, je suis quelqu'un d'assez décontracté.

Qu'aimerais-tu partager avec les jeunes navigateurs et navigatrices qui aspirent à une carrière en voile ?

Le plus important est de garder du plaisir dans la pratique du sport et de parvenir à raviver la flamme, même si cela ne fonctionne pas toujours bien. Enfin, succès et travail acharné sont indissociables.

Florian, merci pour l'interview !


 

Texte : Diana Fäh

Photos : Loris von Siebenthal, Sailing Energy, mise à disposition